Accueil du site > Vie paroissiale > Homélies > Homélie du 12ème dimanche du temps ordinaire

Homélie du 12ème dimanche du temps ordinaire

lundi 3 juillet 2017, par JMRoche

12ème dimanche du temps ordinaire

Méfiez-vous des autres ! Telle est la consigne évangélique que Jésus avait jadis donnée à ses disciples. Drôle de consigne évangélique tout de même ! Déjà sur le plan de la morale, une telle mise en garde a de quoi nous interroger. Mais qu’elle vienne de Jésus est encore plus choquant. Précédemment, en envoyant les douze en mission il leur avait annoncé que les temps à venir seraient difficiles : « voici que je vous envoie comme des brebis au milieu des loups. Soyez donc adroits comme les serpents et candides comme les colombes. » Puis d’ajouter : méfiez-vous des hommes ! Comme quoi, la méfiance ne date pas d’aujourd’hui !

C’est vrai qu’il y a de quoi se méfier, surtout par les temps qui courent. Les mesures de vigilance renforcées par l’état d’urgence nous incitent à nous méfier de tout : des colis suspects, des comportements étranges, des paroles exprimant des signes de radicalisation…, sans compter le foisonnement des règles de protection, de mesures de sécurité dans bien des domaines de la vie sociale et sur le web… Pourtant, nous ne pouvons fonder durablement des relations sociales paisibles sur un état de méfiance constant. C’est pourquoi, dans son enseignement, Jésus nous invite à faire un pas de plus. Il nous provoque à une conversion intérieure, à poser un acte de foi et d’espérance absolu : passer de la méfiance à la bienveillance, de la suspicion de tout ce qui existe au souci du bien des autres.

« Ne craignez pas les hommes ». Voilà l’enseignement nouveau ! Mais Jésus ne fait pas pour autant de nous des naïfs. Après avoir annoncé les persécutions qui nous attendent, il en vient à nous révéler les moyens de les affronter sans nous perdre en route. Par trois fois, retentit l’ordre de ne pas craindre. Comment l’entendre ? Pour Jésus, ne pas craindre s’entend de trois manières : oser parler avec assurance, se confier à Dieu comme à un Père, penser au jugement final. Oser parler avec assurance.

La sagesse populaire le dit bien : tout finit par se savoir. Et Jésus est bien placé pour l’enseigner, lui qui nous a fait connaître « les choses cachées depuis les origines ». Ce n’est donc pas le moment de nous taire mais d’oser parler « au grand jour ». Autrement dit, témoigner en pleine clarté ce qui nous porte originellement de plus grand et de plus fort que la peur, la haine, la violence. « Vous n’aurez pas ma haine » avait lancé le parent d’une victime des attentats meurtriers commis en France ces derniers mois. D’après leurs témoignages, les victimes de persécution se trouvent écartelés entre deux craintes, celle des tortionnaires qui les avilissent et celle de Dieu qui les grandit. Mais, dans la Bible, nous le savons, la crainte de Dieu n’est jamais le signe d’une peur mais, au contraire, le témoignage d’une remise confiante à Dieu. Se confier au Père.

La Bonne Nouvelle du jour est que la peur de l’autre est appelée à céder le pas à la confiance en Celui qui nous fait confiance plus que tout, le Père du ciel. Voyez en effet ces volailles que l’on cuit à la broche et qui se vendent au marché pour trois fois rien. Tout disparaît en un rien de temps. Pourtant, Dieu ne les oublie pas. Tel un bon écologiste, il veille à la survivance de leur espèce. Combien plus Dieu s’intéresse-t-il aux drôles d’oiseaux que nous sommes, en veillant sur nous dans les moindres détails de notre humanité, jusqu’au dernier cheveu ! Enfin, il y aura pour tous un jugement final.

Dans les conflits de la vie, certains confesseront leur appartenance au Christ, d’autres la renieront. Au jugement final, le Christ saura y reconnaître les siens. C’est dire que nos actes nous suivent : à ceux qui, sur la terre, lui auront rendu témoignage, il saura leur rendre témoignage devant le Dieu du ciel. C’est croire surtout que l’espérance qui nous est donnée dépasse l’horizon limité de ce monde et que ce qui a été vécu avec amour à cause du Christ a saveur d’éternité.

Car notre éternité est déjà engagée dans la vie, la mort et la résurrection du Christ. Jésus nous avait bien prévenu : « le disciple n’est pas au-dessus de son maître, ni le serviteur au dessus de son seigneur. Le disciple doit se contenter d’être comme son maître, et le serviteur d’être comme son seigneur. » Au fond, l’invitation à ne pas craindre les hommes et à s’en remettre au Père évoque le destin même de Jésus et sa Pâque victorieuse. Et la nôtre avec Lui. Aussi bien, quelque soit le cours de notre vie chrétienne aujourd’hui, qu’elle soit paisible ou troublée, rien ne nous dispensera pas de connaître un jour ou l’autre l’expérience de la croix.

Pour autant, la foi pascale qui nous est transmise dans les évangiles invite à ne pas nous tromper de crainte mais à croire que, dans le Christ vivant, nous sommes déjà entrés dans la Résurrection, dans ces temps nouveaux où l’Eglise est engagée et pour laquelle elle a mission de témoigner de la bienveillance de Dieu pour chacun, malgré les inquiétudes du moment. Au fond, la foi n’est que cela : une réponse confiante en la vie qui nous précède et une assurance que, dans cette vie, notre avenir c’est l’autre.

Amen !

SPIP | squelette | Mentions légales | | Plan du site | Suivre la vie du site RSS 2.0