Accueil du site > Vie paroissiale > Homélies > homélie du 13ème dimanche du temps ordinaire

homélie du 13ème dimanche du temps ordinaire

lundi 3 juillet 2017, par JMRoche

13ème dimanche du temps ordinaire

L’évangile de ce dimanche nous rapporte une parole étonnante de Jésus. Elle se situe au terme des consignes adressées aux douze apôtres qu’il envoie en mission. « Celui qui aime son père ou sa mère plus que moi n’est pas digne de moi… » Idem pour les parents à l’égard de leurs enfants. Pourquoi faire si peu cas de l’amour pour les siens, en particulier de ceux qui nous ont donné la vie ? Drôle de manière de défendre la famille… On n’avait pas besoin de cela !

Nous savons l’engagement admirable de bien des personnes à l’égard de leurs parents âgés, malades ou handicapés… le soin et l’affection portés au quotidien par nombres d’aidants parfois jusqu’à l’épuisement… Déjà le sage Ben Sira, reprenant les paroles du décalogue, n’invitait-il pas à prendre soin de ses parents : « De tout ton cœur honore ton père et n’oublie jamais ce qu’a souffert ta mère. Souviens-toi qu’ils t’ont donné le jour : que leur offriras-tu en échange de ce qu’ils ont fait pour toi ? » (Si 7,27-28).

Ce que l’évangéliste Marc reprendra à son compte dans la controverse sur les traditions scrupuleuses des pharisiens : « Si un homme dit à son père ou sa mère : je déclare korbân (offrande sacrée) les biens dont j’aurai pu t’assister… vous annulez ainsi la parole de Dieu par la tradition que vous vous êtes transmise » (Mc 7,11-12). Comment donc concilier l’amour dû aux parents avec la préférence évangélique pour le Christ ?

A vrai dire, ce qui est en cause, ce ne sont pas les personnes mais la qualité de relation entretenue : la relation qui n’est plus qu’une routine, un prétexte pour négliger d’entretenir d’autres relations au point de ne plus penser ni à soi, ni aux autres, ni à Dieu. Aimer son père ou sa mère plus que le Christ, c’est finalement préférer distinguer au lieu d’unir, préférer choisir le passé plutôt que l’avenir, se succéder les uns aux autres plutôt que de s’aimer les uns les autres comme des frères. A la limite, cela peut conduire à faire passer son droit à l’héritage avant la conversion du cœur.

Souvenons-nous ! Le commandement du Sinaï « honore ton père et mère » est précédé d’une parole plus originelle, un appel prophétique qui se fait entendre dans les commencements de la création, au jardin d’Eden : « L’homme quittera son père et sa père, il s’attachera à sa femme et tous deux ne feront plus qu’une seule chair » (Gn 2,24). Pour le disciple du Christ, vouloir aimer suppose de quitter vraiment. Nous l’avons tous éprouvé un jour, plus ou moins douloureusement, lorsque nous avons quitté le cocon familial pour partir faire des études, se marier, entrer au séminaire, dans la vie religieuse…

Ce dimanche, le Christ nous invite à quitter une fois de plus ce qui nous tient, pour nous attacher à Lui par la foi qui se donne et ne retient pas. En effet, on n’hérite pas de la foi comme on hérite de ses parents. Si originellement la foi se reçoit des autres (des parents en l’occurrence), elle ne devient mature que le jour où l’on a décidé de la choisir vraiment, de la faire sienne une fois pour toutes. Pour cela, il faut consentir à quitter ce qui nous retient trop affectivement, à s’arracher du passé pour se lancer résolument dans la vie nouvelle du royaume… Le Christ nous a bien prévenus : nous demandant de mettre la main à la charrue sans regarder en arrière, sachant que seuls les morts enterrent leurs morts. Jésus lui-même a changé les relations père/fils qui se répétaient depuis des générations. En s’incarnant, Dieu notre Père s’est fait notre frère. Et bien qu’étant frère auprès des siens, il n’a jamais cessé d’être aux affaires de son Père…

Au moment où se préparent les grandes migrations de l’été, Jésus donne donc quelques bonnes consignes de départ. Que nous partions en congés, pour un temps de repos ou ressourcement, que nous restions sur Lyon, ce temps de l’été est propice pour refonder l’appel de notre foi : suivre le Christ ne sera jamais de tout repos. Il impose toujours un renoncement, plus ou moins grand, face à des affections concurrentes, face à nos propres sécurités.

La croix, par laquelle nous sommes entrés le jour du baptême, ne nous laissera jamais tranquille, elle qui nous invite à vivre sans cesse ces dépouillements nécessaires pour un plus grand attachement à Dieu et de Dieu aux autres. Que nous soyons, célibataires, parents, grands-parents, enfants, petits-enfants, ce qui compte par-dessus tout est que nous apprenions à être vivre comme disciples, c’est-à-dire comme des frères et sœurs qui s’accueillent dans la foi. Cela ne nous dispense pas de prendre soin de nos parents, au contraire, à condition de le faire comme à des frères ou à des sœurs, c’est-à-dire librement par amour.

Au cours de l’été, prenons donc le temps d’entretenir (ou de nouer) nos relations familiales, en particulier prenons soin de nos proches comme le Christ s’est fait proche de nous. Et c’est promis, nous n’aurons pas perdu notre récompense…

SPIP | squelette | Mentions légales | | Plan du site | Suivre la vie du site RSS 2.0