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Homélie du 20ème dimanche du temps ordinaire

dimanche 20 août 2017, par JMRoche

20ème dim ordi A 2017 – Is 56,1-7 ; Ps 66 ; Ro 11,13-32 ; Mat 15,21-28

Par la bouche d’Isaïe le Seigneur ouvre la possibilité aux étrangers d’intégrer son peuple. Et la rencontre de Jésus avec la cananéenne nous apprend comment cela se fait.

Les cananéens occupaient la terre promise à la descendance d’Abraham et arrivant d’Egypte les Hébreux les ont peu à peu submergés. Cette femme est donc le reste d’une nation vaincue et disparue. Elle interpelle Jésus, « Seigneur, fils de David », à la manière d’une Israélite apostrophant son roi. Jésus l’ignore. Mais elle insiste. Les disciples intercèdent alors auprès de Jésus qui répond : « Je n’ai été envoyé qu’aux brebis perdues de la maison d’Israël ». Ainsi en tant que roi d’Israël, Jésus ne peut rien faire pour une cananéenne car son autorité se limite aux Israélites. La femme entend Jésus et corrige sa demande : « Seigneur viens à mon secours ». Elle supprime la mention « fils de David ». Elle s’adresse à Jésus comme à son Seigneur indépendamment de toute référence nationale. Elle lui reconnaît ainsi une Seigneurie universelle ! Mais pour parler ensemble il leur faut partager une même culture, une même manière d’accéder au réel. Et pour l’introduire à cette culture Jésus lui propose une parabole : « Il n’est pas bon de prendre le pain des enfants et de le jeter aux petits chiens ». A elle d’enchainer et de jouer avec ! Ce qu’elle fait parfaitement : « Oui Seigneur, mais justement les petits chiens mangent les miettes qui tombent de la table de leurs maîtres. » Elle répond à Jésus en prolongeant sa parabole, en raisonnant paraboliquement comme lui.

Jésus constate alors la grande foi de cette femme. En effet il lui faut une grande foi pour considérer que la Seigneurie de Jésus dépasse les clivages nationaux. Et il lui faut aussi une grande foi pour entrer dans la parabole que Jésus lui propose et dire que le salue de sa fille dépend de quelques miettes. Mais Jésus lui donne raison sur toute la ligne puisqu’il tranche en sa faveur : « que tout se passe pour toi comme tu le veux » et puisque sa fille est libérée du démon qui la tourmente. Ainsi ce démon a été vaincu par le passage à une Seigneurie universelle, par l’entrée dans une relation parabolique au réel et par le choix des miettes… Autrement dit, la Seigneurie universelle exercée par Jésus Christ se découvre quand nous lisons nos existences et notre monde comme un tissu de paraboles à interpréter et que pour cela nous accordons la plus grande importance aux miettes ou aux détails insignifiants.

Paul est consterné parce que ses frères n’ont pas fait le passage que fait cette cananéenne. Il a même l’impression qu’ils ont d’autant plus refusé de le faire que nombre de païens le faisait. Mais l’inquiétude de Paul nous concerne directement ? Considérons-nous vraiment que Jésus le Christ est le Seigneur de tous les hommes et pas uniquement le label d’une communauté plus ou moins en confrontation avec le monde ? Considérons-nous vraiment que le Seigneur ne cesse de parler en nos existences et interprétons-nous en les évènements comme autant de parabole ? Je ne cesse de constater que cette Seigneurie Universelle du Christ et que l’interprétation parabolique de nos existences sont considérés comme des miettes, comme des détails sans importances… Importe bien plus, la défense du particularisme catholique, un comble, et l’affirmation de nos valeurs ! Combien les catholiques d’aujourd’hui ressemblent-ils aux juifs contemporains de Paul !

La tristesse de Paul est donc toujours bien d’actualité…

Amen.

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