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Homélie du 21ème dimanche du temps ordinaire

dimanche 3 septembre 2017, par JMRoche

21 Dim ordi A 2017 – Is 22,19-23 ; Ps 137 ; Ro 11,33-36 ; Matthieu 16,13-20

Après avoir mis en garde ses disciples contre le levain des pharisiens et des sadducéens (Mat. 16,12) Jésus les conduit dans la région de Césarée de Philippe que cette dénomination caractérise comme gréco-romaine. Nous sommes plutôt en terre païenne. Là, il leur demande à qui les gens identifient « le fils de l’homme » ou « le fils de l’humain ». Cette figure qui apparaît notamment dans le livre de Daniel est énigmatique car il est impossible de dire qui elle désigne. Les disciples répondent que les avis convergent en direction d’un prophète, donc de quelqu’un si proche de Dieu qu’il l’entend et le fait entendre parfaitement. Par contre il n’est question d’aucune de ces autres figures si importantes de l’Ancien Testament : ni d’un roi de la lignée de David, ni d’un légiste de la lignée de Moïse, ni d’un prêtre de la lignée d’Aaron. Figures que l’on peut classer dans le levain des pharisiens et des sadducéens car ces derniers assument l’héritage royal et sacerdotale d’Israël tandis que les premiers cherchent à étendre la loi de Moïse à tous les aspects de la vie. Le passage en terre païenne a donc été très efficace !

Puis Jésus questionne ses disciples à son propos : « Pour vous qui suis-je ? » Répondre à cette question engage. Elle mérite réflexion. Mais Simon-Pierre répond sans attendre : « Tu es le Christ, le fils du Dieu vivant ! » Il fait là œuvre originale car il identifie Jésus en associant une figure qui apparaît dans l’Ancien Testament, « Christ » traduction grecque du mot hébraïque « Messie », et une figure tout à fait singulière « le fils du Dieu vivant » de son invention ! L’usage du mot « Christ » plutôt que du mot « Messie » ne tient pas uniquement au fait que le Nouveau Testament soit écrit en grec car il y apparaît quelques fois. En fait Simon, le Fils de Jonas, choisit le mot grec plutôt que le mot hébraïque car il le juge plus adapté pour faire entendre la singularité de Jésus, et il y ajoute cette affirmation originale pour l’appuyer et lui donner un contenu bien énigmatique.

Jésus valide la réponse de Simon-Pierre en lui rappelant qu’il est le fils de Jonas, autrement dit qu’il est le descendant de ce prophète de l’Ancien Testament qui refuse d’aller à Ninive car il a compris que Dieu veut en sauver les habitants et qui s’oppose à ce projet car ce sont des pécheurs. Simon est donc un prophète ! Il entend parfaitement Dieu car sa réponse fulgurante ne peut venir que du Père mais comme Jonas il est aussi capable de s’opposer au projet de Dieu ce qu’il le fera en Mat 16,22-23. Il n’empêche : la réponse de Simon est si décisive qu’elle lui vaut de recevoir un nouveau nom, « Pierre », et d’accéder à une position qu’aucun autre avant lui n’a jamais occupée puisque ses décisions sur terre seront validées au ciel. La terre devient ainsi la matrice du ciel ! Mais il faudra du temps pour que « Simon » fasse place à « Pierre ». Cela ne sera vraiment acquis qu’au chapitre 1 du livre des Actes des Apôtres. D’ailleurs Jésus interdit aux disciples de dire qu’il est le « Christ » car il leur reste à découvrir ce qu’il faut entendre par l’affirmation « Christ Fils du Dieu vivant ! »

En prenant de la distance à l’égard du levain des pharisiens et des sadducéens et en passant en terre païenne les disciples découvrent en quoi l’Ancien Testament est universel au point d’intéresser toutes les nations. Il mobilise la dimension prophétique de ses lecteurs, c’est-à-dire la part qui en eux entend Dieu et parle pour lui, autrement dit « le fils dans l’humain ». Ainsi en Simon, il y a ce fils de Jonas que Jésus nomme « Pierre ». Il entend parfaitement le Père qui lui révèle que Jésus est son fils et il choisit le terme le plus juste pour le désigner, à savoir le mot grec « Christ ». De ce mot, répondant à l’apôtre Paul, je dirai qu’il signifie que par Jésus nous accédons aux pensées de Dieu autrement inaccessibles. Que veut notre Père céleste ? Que désire notre Père céleste ? Quel est le projet de notre Père Céleste ? Jésus nous le révèle ! L’appeler « Christ » c’est le désigner comme révélateur de la volonté, du désir, du projet du Père !

Nous aussi avons à nous libérer du levain des pharisiens et des sadducéens et à passer en terre païenne pour libérer en nous le fils de l’homme, le prophète, de même que Simon-Pierre, et pour trouver le Christ ! En effet la rencontre avec les païens nous obligent à dégager notre Catholicisme de toutes ces choses qui écrasent le prophète en chacun et chacun de nous ! Mais cela n’est pas si facile parce que la conservation du patrimoine catholique, si colossal, si riche, importe parfois bien plus que de laisser parler le prophète, le fils en nous.

Quelle expérience avons-nous de cette tension ? Avons-nous vécu ce passage ? Qu’y avons-nous perdu ? Qu’y avons-nous appris ? Qu’y avons-nous gagné ?

P. Olivier Petit.

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