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Homélie du 23ème dimanche du temps ordinaire

mardi 12 septembre 2017, par JMRoche

23ème dimanche ordinaire A

La page d’évangile de ce dimanche est tirée d’un ensemble de consignes de Jésus que l’on appelle « discours ecclésiastique » ou « discours sur la vie en communauté ». Ces consignes s’adressent bien-sûr, et d’abord, à la communauté-Eglise telle que Dieu la désire. Mais on peut tout aussi bien les appliquer à bien d’autres communautés humaines : la famille, le monde professionnel ou associatif… Nous le savons tous, l’Eglise, comme tout groupe humain, rassemble des hommes et des femmes tous appelés à la sainteté par le baptême mais qui ne le sont pas encore devenus pleinement, du moins pas tout à fait. Il y a – et vous en connaissez – des gens vertueux tout comme il y en a – et vous en connaissez aussi sûrement – des gens qui ne sont « pas meilleurs que les autres » comme on l’entend souvent dire…

C’est vrai, si l’Eglise est sans péché, elle n’est pas pour autant sans pécheur ! Et cela ne date pas d’aujourd’hui ! Et il est bon que l’évangile nous donne d’affronter ces situations de conflit qui naissent en Eglise pour en dévoiler une Bonne Nouvelle pour notre temps… Mais quelle est donc cette Bonne Nouvelle ? Un frère a péché ! Cela n’est pas une bonne nouvelle. Au contraire, c’est un scandale pour la communauté. Et nous savons aujourd’hui combien sont retentissants ces scandales qui entachent la vie de l’Eglise en raison d’actes abominables commis par des membres de l’Eglise sur des êtres vulnérables, notamment les plus petits. Ce n’est pas tant de ces actes précisément dont parle l’évangile de ce jour que de tous ceux qui polluent nos relations ordinaires, quelles qu’elles soient. A travers la face cachée de nos relations fraternelles, c’est une idée de la sainteté de l’Eglise qui est mise en lumière, cette Eglise que Dieu aime malgré les pécheurs que nous sommes.

Où est-elle donc cette Eglise que Dieu aime ? L’Eglise de Dieu est là où l’on se parle en vérité. Pas de vie sans parole, pas de fraternité sans dialogue. « Si ton frère a commis un péché, va lui parler… Et s’il t’écoute, tu as gagné ton frère ». La première attitude qui est requise est celle de la rencontre. Non pas d’abord la condamnation, ni l’exclusion, encore moins l’excommunication mais bien la recherche d’une relation, le désir de renouer le fil du dialogue et, avec lui, la communion qui a été brisée. On sait combien cela nous coûte parfois d’entrer dans une démarche authentique de pardon (dimanche prochain) Pour l’heure, retenons qu’une telle démarche de dialogue exige du respect et de la discrétion : « va lui parler, seul à seul… »

L’Eglise que Dieu aime se trouve là où l’unité est recherchée, en tête à tête d’abord, sinon avec le concours d’autres personnes, pour éviter ces reproches trop subjectifs, ces jugements trop hâtifs, sans doute aussi pour convaincre davantage. Si cela n’aboutit pas, c’est alors toute la communauté qui se met en peine pour gagner le frère. Ce n’est qu’après avoir épuisé toutes ces formes de conciliation que ce dernier va se trouver exclu. Ce n’est pas la communauté qui exclut. L’exclusion est l’acte libre d’un homme qui décide de sortir de l’unité. Au fond, il n’y a pas tant une décision d’exclusion que le constat d’un échec de la communion. Mais, tout cela ne suffit pas pour dire où est l’Eglise.

L’Eglise que Dieu aime est là où l’on croit que le Dieu se rend présent malgré tout. Jésus n’est pas un moraliste, un humaniste. On l’a compris, les conseils prodigués jusque-là reposent sur des principes de psychologie élémentaire. Mais Jésus les enrichit d’un apport théologique en révélant que Dieu, lui-même, est présent à toute tentative de sauvetage du frère. « Tout ce que vous aurez lié sur la terre sera lié au ciel, et tout ce que vous aurez délié sur la terre sera délié dans le ciel » Cette annonce, faite jadis à Pierre, s’adresse maintenant à tous. Entre le ciel et la terre, il y a désormais correspondance !

Le ciel de Dieu est concerné par ce que nous faisons ou défaisons sur terre. On ne peut donc se satisfaire d’une situation de rupture, d’exclusion. La volonté de Dieu étant qu’aucune brebis ne se perde, la correction fraternelle devient un chemin de miséricorde qui se dessine dans la prière. Et c’est là que se laisse entrevoir la Bonne nouvelle de ce jour dans les deux révélations capitales où Jésus reprend le thème de la correspondance entre ciel et terre, entre Dieu et l’homme : « si deux ou trois sur la terre se mettent d’accord pour demander quelque chose, ils l’obtiendront de mon Père qui est aux cieux… Si deux ou trois sont réunis en mon nom, je suis là au milieu d’eux… »

Y a-t-il encore lieu de nous décourager : face à nos divisions internes, devant l’échec apparent de nos efforts de réconciliation ? Au contraire, il nous est donné de croire en la force de la prière au Père et en la présence cachée du ressuscité dans ces gestes de communion accomplis en son nom, les plus modestes soient-ils. Finalement, on peut bien dire où se trouve l’Eglise. Mais, on ne peut pas dire où elle ne se trouve pas.

C’est ainsi qu’elle est belle et sainte cette Eglise que Dieu aime.

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