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Homélie de Pentecôte

mercredi 23 mai 2018, par JMRoche

Un rassemblement inédit : des gens qui s’attroupent et qui parlent toutes les langues possibles. La rumeur dit qu’ils sont ivres… Que se passe-t-il aujourd’hui ? Encore un préavis de grève ! Une manifestation qui dégénère ! Halte au mouvement de foule à Jérusalem ! Mais, peut-on arrêter un tel rassemblement ? Car ce qui se passe aujourd’hui n’est pas le fruit d’une entreprise humaine mais d’une initiative divine.

Et ils sont venus pour cela ces pèlerins de Jérusalem. Ils sont là non pour tout casser mais pour faire la fête, la fête de Pentecôte, le cinquantième jour après la Pâque. Comme tout juif pratiquant, ils viennent fêter des premières moissons, célébrer les premiers dons de la création après l’hiver. Ils se souviennent de leur Créateur en lui rendant symboliquement ce que les fruits de la création dans l’espérance d’en recevoir encore de nouveaux l’année prochaine…

A travers ces produits de la terre, les Juifs célèbrent un don du ciel : celui de la Torah remise à Moïse au Sinaï : les Paroles de vie du Dieu de l’alliance. Au Sinaï aussi, il s’en est passé des choses : des éclairs, du tonnerre, du feu… À Jérusalem, le jour de la Pentecôte, c’est à un nouveau Sinaï auquel on assiste : là encore du feu et du vent. Mais, en guise de tables de la Loi, le jaillissement d’un Esprit qui délie les langues. Pas de texte extérieur, mais un feu intérieur qui fait sortir de soi, le souffle imprévisible de l’Esprit qui ouvre à la mission.

Aujourd’hui, dans l’Eglise : tout est accompli. Le don de l’Esprit-Saint donne sens aux paroles du Ressuscité qui nous semblaient jusque-là contradictoires : je m’en vais… et je serai avec vous tous les jours jusqu’à la fin des temps. L’Esprit qui nous est donné à la Pentecôte : c’est Dieu aujourd’hui avec nous et cet aujourd’hui est là pour toujours. Voilà la grande nouveauté de ce jour.

Mais comment accueillir cette nouveauté de l’Esprit de Dieu au quotidien ? Que nous le regrettions ou pas, nous sommes loin des grandes effusions de l’Esprit de Jérusalem. Et nous le savons bien, même les grands rassemblements de chrétiens n’y pourront rien : l’Esprit est invisible à nos yeux. Nous ne le rencontrons qu’à travers les effets qu’il produit en nous discrètement. Avant son départ, Jésus avait longuement préparé ses disciples à vivre ce temps de l’Esprit : « je vous dis cela maintenant avant cela n’arrive pour qu’au moment où cela arrivera vous croyiez » (Jn 14, 29). Et voilà que cela arrive pour nous aujourd’hui.

C’est le moment favorable pour accueillir les paroles du Christ dans l’évangile, ces paroles qui attestent de l’Esprit à travers ses manifestations au quotidien. L’Esprit : il est un défenseur, il nous conduit dans la vérité, il nous enseigne toute chose.

L’Esprit est un défenseur. Il est notre meilleur avocat. Cet envoyé du Père nous rend apte à orienter notre vie vers Lui pour notre bien. D’une certaine manière, il nous aide à faire le tri en nous entre le bon grain et l’ivraie. Par la prière, au contact avec d’autres chrétiens, dans nos engagements, nous sommes appelés à discerner, en nous, le travail de cette « force d’en haut » à travers les fruits qu’elle procure : amour, joie, patience, courage, paix pour combattre la tristesse, l’inquiétude, le doute, le désespoir qui nous assaillent régulièrement…

L’Esprit conduit à faire la vérité. Pour nous rendre digne de témoigner de Dieu, l’Esprit nous pousse à être vigilants sur nous-mêmes, sur la cohérence dans nos choix de vie. Se laisser guider intérieurement par cet Esprit renouvelé conduit à quitter la surface de nous-mêmes pour descendre au plus intime de notre être, là où nous sommes vrais, là où nous aimons, nous croyons, nous prions, là où Dieu nous parle cœur à cœur, là où l’Esprit est là pour nous ouvrir aux autres et nous conduire à rejeter ce qui nous replie sur nous et nous rend égoïste.

L’Esprit nous enseigne toutes choses. Pour nous introduire dans cette vérité qui libère, l’Esprit nous donne de nous rappeler les paroles du Christ non comme à des nostalgiques mais comme la mémoire vivante et toujours actuelle du Ressuscité. L’Eucharistie est une Pentecôte permanente : c’est l’Esprit-Saint qui rend le Christ présent en nous tandis que nous lisons les Ecritures ; c’est l’Esprit répandu sur le pain et sur la coupe qui le rend vivant en nous tandis que nous communions à son Corps et le Sang. Il est Celui qui rend le Christ agissant en nous pour les autres à travers le corps que nous formons.

Demandons le don de l’Esprit-Saint avec le métropolite Ignace de Lattaquié :

« Sans l’Esprit Saint, Dieu est loin. le Christ reste dans le passé, l’Evangile est une lettre morte, l’autorité une domination, la mission une propagande, le culte une émotion, et l’agir chrétien, une morale d’esclave.

Mais avec l’Esprit, le Christ ressuscité est là, l’Evangile est puissance de vie, l’Eglise vit la communion trinitaire, l’autorité devient un service libérateur, la mission une Pentecôte, la liturgie est mémorial, et l’homme devient image vivante de Dieu. »

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