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Art & Histoire, St Louis, Visite

mercredi 28 août 2013, par JMartin (Date de rédaction antérieure : 8 octobre 2011).

VISITE

Extérieurement, notre église apparaît plutôt dépouillée. En effet le curé NOALLY et l’architecte CREPET ont souhaité bâtir dans ce quartier, à l’époque très misérable, une église simple, capable de s’intégrer sans choquer dans ce cadre.

Trois portes s’ouvrent sur la façade ornée de pilastres et des statues des quatre évangélistes. Un fronton très sobre la domine. Dix fenêtres s’ouvrent sur son flanc nord, sur deux étages. Entre celles-ci au rez de chaussée, s’insèrent des pilastres.

Le clocher dont la base au moins appartenait à la chapelle des pères de Picpus ne dépasse guère la toiture de la nef non plus que la hauteur des maisons voisines, bien qu’il ait été surélevé en 1817.

On peut remarquer à l’angle de la rue de la Madeleine et de la Grande Rue les plaques d’altitude (167, 59 m) et de repère de la Ville de Lyon.

Les tambours d’entrée

Celui du côté nord contient des objets de culte appartenant à la paroisse.

Coté Sud se trouvent une lithographie du 17ème siècle montrant la Guillotière à cette époque, deux esquisses d’interprétation de ce document ainsi qu’un tableau de Jean SCOHY (1824-1897) rappelant l’inondation de la nuit du 31 mai 1856, la plus désastreuse connue dans le quartier de la Guillotière.

Les crues du Rhône étaient fréquentes et souvent dévastatrices mais celle-là le fut tout particulièrement puisqu’elle était de fréquence cinq centenaire. Dans la nuit du 31 mai, le Rhône rompit la digue de la Tête d’Or et se répandit sur tout le secteur des Charpennes, des Brotteaux et de la Guillotière. Près de 1200 maisons de la rive gauche furent détruites, 19 personnes y trouvèrent la mort et plus de 20000 personnes se retrouvèrent sans abri et sans ressources. Le drame vint surtout du fait que nombre de maisons étaient construites en pisé : or, dés que ce matériau est mouillé, tout s’effondre. On peut remarquer sur le tableau deux éléments documentaires importants : d’abord, le pan de mur d’un immeuble à l’angle de la Grande Rue et de la rue de la Madeleine qui est tout ce qui reste d’un bâtiment, probablement dans ce matériau, ce qui explique sa disparition. On peut encore voir l’emplacement de ce bâtiment en face de l’église. Il ne fut jamais remplacé. Ensuite, l’espèce de mascaret qui se forme quand les eaux en provenance de la rue St Michel se bousculent avec celles en provenance de la Grande rue, ce qui en dit long sur la violence des flots. Le niveau de l’eau atteignait plus de deux mètres devant les portes de l’église. A contrario, on notera que SCOHY a commis une erreur en faisant dépasser le clocher au dessus de l’église.

On peut voir des barques venant au secours des sinistrés. Il y eut ainsi de nombreux courageux qui payèrent de leur personne. La tradition raconte que le prêtre à bord d’une barque en bas à droite est le Père CHEVRIER, vicaire à St André. Son attitude contraste avec celle de ses confrères, aux fenêtres de la cure, qui se contentent d’observer les évènements en joignant les mains en prière. SCOHY aurait choisi par sa mise en scène d’indiquer clairement où allaient ses sympathies.

L’empereur Napoléon III et l’impératrice Eugénie firent dès le surlendemain une visite surprise aux Lyonnais éprouvés pour leur manifester leur sympathie. L’Empereur parcourut toute la rive gauche à cheval, accompagné du Maréchal de Castellane et des autorités, distribuant des pièces d’or et réconfortant les sinistrés. Le couple impérial accorda des subventions importantes à la ville, dont une partie fut immédiatement utilisée pour rehausser le niveau de la Gde Rue et de plusieurs rues transversales. Cette modification de niveau explique pourquoi, bien que le niveau de l’eau n’ait dépassé que de peu celui du sol de la nef, on parle d’une profondeur de deux à trois mètres devant l’église, ce qui semble impossible dans la configuration actuelle des lieux. D’ailleurs, si vous voulez avoir une idée de l’importance du changement de niveau, traversez la Grande rue de la Guillotière et faites quelques dizaines de pas sur la rue de Créqui. A droite vous avez la terrasse surélevée d’un restaurant. Encore quelques pas et vous avez, toujours sur votre droite, des jeux de boules en contrebas. Ils sont au niveau du terrain au moment de la crue de 1856. Cela vous donne une meilleure idée de la hauteur réelle du tertre sur lequel est bâtie notre église.

Ces inondations vont inciter la municipalité à surveiller de très près l’application d’un décret datant de la crue précédente (1840), imposant l’obligation de protéger par de la maçonnerie jusqu’à au moins 60 cm au dessus de la crue de 1840 tous les bâtiments lyonnais, quels qu’ils soient. Ce sont ces mêmes inondations qui amèneront les édiles à faire construire une digue de Villeurbanne au Parc de la Tête d’Or (empruntée par le Quai Achille Lignon et le Boulevard Laurent Bonnevay dans les années 1930), puis à rehausser progressivement les quais, mettant enfin le quartier à l’abri.

L’intérieur de l’église est composé de trois nefs séparées par des piliers décorés d’une colonne corinthienne et reliés par des arcs en plein cintre. La nef centrale est entourée d’une élégante corniche fleurie. Elle est formée de six travées et bordée de deux bas-côtés. Dans la coupole au dessus de l’abside, on peut admirer une belle peinture sur toile de Louis BARDEY, décorateur du théatre des Célestins et L. ROGNIAT, architecte de la Ville, peinture de 1892, dans le style d’Hippolyte Flandin qui représente le Christ en majesté, assis entre deux anges en adoration. Malheureusement, lors des travaux de restauration de 1996, la mise en lumière a été faite de façon maladroite, ce qui rend presque impossible le changement des ampoules des projecteurs.

Au dessus du porche d’entrée, dans le prolongement des vitraux, deux peintures murales représentent Saint Pothin et Saint Irénée, les deux premiers évêques de Lyon.

Le chœur est caractérisé par les deux demi-buffets de l’orgue (voir ce chapitre), placés de part et d’autre en arrière du maître-autel, monolithe très sobre, d’un ambon pour les lectures et de deux plateformes, l’une en deux sections du côté sud pour le célébrant, l’autre pour l’animation du côté nord.

Les bénitiers

On peut admirer les deux bénitiers adossés aux piliers de l’entrée : celui du côté nord est orné de sculptures en forme de dessins géométriques ; il est probablement carolingien. On en ignore l’origine. Celui du côté sud, de sculpture assez primaire, fut une cuve baptismale. L’architecte CREPET l’a rapporté de l’ancienne chapelle Saint Alban qui se trouvait rue Laennec en face de l’ancienne Magnanerie Poidebard, devenue par la suite la Fondation Richard. Il est en granit d’un très beau grain et daterait peut-être du milieu du VIIIe siècle, plus probablement du XIème siècle. L’ornementation est constituée par une évocation du baptême : le nouveau chrétien, debout dans une cuve, étrangle des serpents, symboles du mal. Une réparation très maladroite nuit à son aspect général.

Les plaques

Sur les murs de l’église, tout de suite après les tambours en remontant vers le chœur, le visiteur trouvera deux plaques de marbre noir portant gravés les noms des sept premiers curés qui ont servi successivement la paroisse dans la nef nord et des trois suivants dans la nef sud.

La plaque sud rappelle également les funérailles du bienheureux Père Antoine CHEVRIER célébrés dans cette église le 6 octobre 1879. L’église ND Saint Louis fut choisie pour cette cérémonie car l’ancienne église Saint André où il fut vicaire pendant sept ans était en cours de reconstruction et par conséquent trop petite pour contenir la foule. Trois cents prêtres y assistaient et on estime qu’une foule de 10 000 personnes accompagna en procession son cercueil, qui ne portait que son surplis et son étole, jusqu’à la chapelle du Prado où il fut inhumé devant la table de communion par permission spéciale du préfet, ému par une pétition publique demandant cette faveur.

Deux autres plaques de marbre blanc rappellent les noms des morts de la guerre 1914-1918.

Sur le mur du fond, de part et d’autre du grand portail, sont disposés les panneaux qui ornaient l’ancienne chaire supprimée lors de la restauration de 1997. Il s‘agit de motifs datant sans doute du XIXème siècle qui évoquent les quatre évangélistes. De gauche à droite, on reconnaît Luc avec son taureau, Jean avec son aigle, l’homme, le symbole de Mathieu et Marc et son lion mais on n’a aucune information fiable sur l’origine de ces panneaux. Quant aux symboles, c’est Saint Jérôme (348-420) qui en donne l’explication : l’homme a été attribué à Matthieu parce qu’il commence son évangile par une généalogie humaine de Jésus (Mt 1,1-17), le lion à Marc parce que dès les premières lignes de son récit il évoque "la voix qui crie dans le désert" qui ne peut être que le rugissement du lion (Mc 1,3), le taureau, animal sacrificiel par excellence, à Luc à cause du récit du sacrifice offert au temple de Jérusalem par Zacharie au début de son évangile (Lc 1,5), l’aigle à Jean parce que cet évangéliste atteint les sommets de la doctrine comme l’aigle atteint les sommets des montagnes.

A droite, la basse nef est consacrée à Saint Louis, Roi de France. L’autel de marbre blanc est orné d’une mosaïque bleue et or et d’un coeur surmonté d’une croix entourée de lis. Au dessus de l’autel, un tableau représente le roi Saint-Louis en costume de sacre et en prière. La toile s’intitule « Saint Louis portant la Couronne d’épines à la Sainte Chapelle. » C’est une œuvre d’Angel JOYARD, peintre lyonnais né en 1809, spécialisé dans les œuvres religieuses et militaires. Elle fut commandée par la Ville de Lyon en 1846 et livrée par l’artiste en 1849. Remarquons que l’artiste est un peu brouillé avec la chronologie puisque le costume royal fait plus penser à l’époque de Louis XIII qu’à celle de St Louis. Heureusement que la coupe de cheveux est conforme à celle du médaillon de marbre qui domine le tableau !

La basse nef de gauche est consacrée à la Sainte Vierge. L’autel de marbre blanc est orné d’une mosaïque bleue et or et d’un Agneau Pascal reposant sur le Livre ; ce dernier constituait le panneau central de l’ancien maître autel de type préconciliaire où le prêtre célébrait dos au peuple. L’autel est également surmonté d’une statue de marbre, installée l’année de la consécration de l’église en 1855, représentant N.D. de Grâces, un des chefs-d’oeuvre du sculpteur lyonnais Joseph-Hugues FABISCH (1812-1886), auteur de la statue de la Vierge dorée de Fourvière, ainsi que des statues de Notre Dame de la Salette et de celle de la Vierge qui orne la grotte de Lourdes. Il est probablement également l’auteur du motif de l’Agneau Pascal de l’autel.

Derrière l’autel de la Vierge, un baptistère renferme depuis 1956 les fonds baptismaux qui se composent d’une belle cuve de marbre blanc surmontée d’une fresque murale représentant un ange tenant par la main un enfant. Elle est visible depuis l’église (porte à droite de l’autel). Les rites d’accueil dans l’Eglise ayant changé avec le Concile Vatican II, le lieu est maintenant désaffecté et n’est normalement pas ouvert au public.

La dernière restauration intérieure et extérieure de cette église a donné lieu au comblement du chœur à son niveau d’origine, à l’installation d’un nouvel autel très sobre et à la création d’un ambon pour les lectures et deux plateformes pour le célébrant du côté St Louis et pour l’animation du côté Ste Vierge. C’est le Cardinal Jean Balland qui a inauguré ces travaux le 27 avril 1997.

Le clocher (ne se visite pas.)

Il comporte cinq cloches de volée avec leurs jougs, les roues de sonnerie selon le système lyonnais, battants et ferrures d’origine qui sont inscrites sur l’inventaire supplémentaire des objets mobiliers classés parmi les monuments historiques du département du Rhône.

Les cloches de l’église N.D. Saint Louis sont les seules conservées dans l’état de leur création en 1824. Elles présentent des roues de volée en bois, un plancher à sonner.

Ces cloches sont l’œuvre du fondeur lyonnais FREREJEAN et ont été coulées le même jour en association avec la célèbre fonderie PACCARD d’Annecy. Le bourdon de N.D. Saint Louis est le 3ème en poids (1 tonne 7) après celui de la primatiale Saint Jean et le bourdon du beffroi de l’Hôtel de Ville. L’ensemble cloches + mode d’actionnement + stucture du clocher est si exceptionnel que dans le cade du centenaire du 7ème arrondissement, la mairie a décidé de mener à bien un projet de restauration dont on parlait depuis longtemps. Nous devrions donc de nouveau entendre nos cloches dés leur inauguration le 22 avril prochain.

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